Née en 1929..

A l’âge de quatre-vingt neuf ans, la santé détériorée, allongée sur ce matelas un peu trop dur pour toi, observée avec tendresse par ta joyeuse et jeune descendance, tu nous dis à quel point tu es épuisée. Cet après-midi où je suis venue à ton chevet, tu avais l’air fatiguée, mais ton visage rayonna après quelques hésitations sur mon prénom, tu me dis que tu es heureuse. J’en perds un peu mes mots mais finis par te demander si tu vas bien, si tu as mal. L’infirmière de ce matin n’était pas tendre, tu préférais celle de la veille : plus douce, plus délicate, plus agréable.

Aujourd’hui je suis fatiguée et si je pars, je ne regretterai rien, j’ai eu une belle vie.

Ma toute petite sœur arrive t’embrasser et te dit qu’elle file à la danse. Tu lui souris en souhaitant qu’elle s’amuse bien. J’embraye rapidement sur ce sujet et ose te demander « Étant plus jeune, aimais-tu également danser ? ». Elle me raconte alors que sa voisine Léontine voulait l’emmener dans tous les bals aux alentours. Juste avant, Léontine courrait et se jetait au cou de ta maman pour la supplier de te laisser venir. A tes quinze ans, tu commenças les bals clandestins, nous étions en mille neuf cent quarante-quatre, vous étiez dans des granges. Ce jeune homme, Marcel, ton voisin, âgé de dix ans de plus que toi, te faisait tourner la tête. Il est trop vieux ! te disait-on. Un autre jeune homme te courtisait, à l’aube de la guerre, il te demandait de l’attendre, tu acceptas. Une de tes amies souhaitait ton frère comme mari, mais à son grand désarroi il en choisit une autre, en se renseignant auprès de Marie, ta maman, du pourquoi mais en vain. Marcel et toi vous marièrent en mille neuf cent quarante-sept, quelques années plus tard vint votre premier enfant, mon grand-père puis d’autres : des jumelles Michelle et Monique puis Jean. Malheureusement, j’ai ouïe dire que tu as vécu des malheurs en perdant des enfants. Lorsqu’il est parti rejoindre le ciel il y a de ça dix années, tu as perdu l’homme de ta vie, on était là pour te consoler. Mais jamais personne ne pourra combler ce vide en toi. Tu m’as dit que jamais il n’avait cessé de te manquer. Tu m’as dit que l’amour est beau et que malgré les obstacles il faut les surmonter. Tu as aimé ta vie. Aujourd’hui tu dis te sentir prête à rejoindre ton grand amour.

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